Pourquoi j’accepte des rapports sexuels sans en avoir envie ?
- Johanna Querin
- 3 janv.
- 3 min de lecture
Selon des données récentes, une femme sur six a commencé sa vie sexuelle par un rapport qui n’était ni consenti ni désiré.
Ce chiffre, relayé récemment dans les médias, interpelle, choque parfois. Mais surtout, il met en lumière une réalité encore trop peu nommée : accepter un rapport sexuel sans en avoir envie est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense.
Et si la question n’était pas « pourquoi je n’ai pas dit non ? » mais plutôt « qu’est-ce qui m’a amenée à dire oui alors que je n’en avais pas envie ? »

Dire OUI sans désir, une réalité taboue
Les chiffres sont clairs :
1 femme sur 6 a vécu un premier rapport sexuel non consenti et non désiré.
Pour 36 % d’entre elles, cela s’est produit avant l’âge de 15 ans.
Plus largement, 33 % des femmes déclarent avoir déjà eu un rapport sexuel sans en avoir envie, souvent sous la pression ou l’insistance d’un partenaire.
Entendons nous bien, accepter un rapport sexuel sans envie n’est pas un signe de faiblesse. Ça ne dit rien de votre maturité, de votre intelligence émotionnelle ou de votre capacité à poser des limites.
Il peut s'agir plutôt :
d’un manque d’éducation au consentement,
d’une peur de décevoir ou de perdre l’autre,
d’un apprentissage précoce qui associe sexualité, obligation et normalité.
Beaucoup de personnes n’ont jamais appris à se demander : « Est-ce que j’en ai vraiment envie, là, maintenant ? »
Ces données montrent que dire « oui » par peur, par habitude ou par résignation est une expérience partagée par de nombreuses personnes, souvent vécue dans le silence, la confusion ou la culpabilité.
Les injonctions sociales
Si tant de personnes acceptent des rapports sexuels sans désir, ce n’est pas un hasard.C’est souvent le résultat d’un conditionnement profond :
On apprend très tôt qu’il faut être désirable, disponible, agréable.
On apprend à écouter le désir de l’autre avant le sien.
On confond encore trop souvent sexualité, amour et obligation.
Pour certaines, la sexualité commence dans un climat de flou, de pression ou de confusion. Quand le premier rapport se fait sans réel consentement, cela peut installer une norme intérieure : « C’est comme ça que ça se passe. » Cette norme risque alors de se transformer en devoir conjugal, puisque 52% des femmes âgées de 18 à 49 ans déclarent qu'il leur arrive de faire l'amour avec leur partenaire sans en avoir envie (sondage IFOP 2024)
Le désir ne doit jamais être négocié, marchandé ou extorqué par insistance. Même dans un couple. Même dans une relation « stable ». Le devoir conjugal n’existe pas.
Se reconnecter à son corps
Se reconnecter à son désir n’est pas toujours simple. Pour beaucoup de femmes, c’est un chemin de déconstruction et de réapprentissage.
Cela implique de questionner les croyances sociales, culturelles, genrées. :
Si je refuse, je suis égoïste
Si je me laisse faire, je suis une bonne amante
Si je dis non, je suis responsable de sa frustration
Il faut faire des concessions pour le couple
Revenir à soi, c’est apprendre à écouter son corps, ses émotions, ses besoins, ses désirs, plutôt que les injonctions extérieures sur ce que devrait être une « bonne partenaire ».
C’est aussi développer des compétences d’affirmation de soi : oser dire non, pas maintenant, je ne sais pas, sans se justifier, sans se défendre, sans se culpabiliser.
C’est enfin intégrer une notion fondamentale : la souveraineté corporelle. Mon corps m’appartient. Mon désir m’appartient.Et aucun lien affectif ne m’en dépossède. Le consentement est une compétence qui s’apprend, se transmet, se protège.
Remettre le consentement et le désir au centre de la sexualité, est une priorité. C’est réparer des générations d’apprentissages biaisés et ouvrir la voie à des relations plus justes, plus respectueuses et plus égalitaires.
Si vous vous reconnaissez dans cet article, sachez ceci :vous n’êtes ni seule, ni responsable de ce que vous avez appris à faire pour vous adapter. Entrer dans la sexualité sans envie ni consentement est un enjeu majeur de santé publique et d’éducation sexuelle.Mais il est toujours possible, à son rythme, de réapprendre à écouter son désir et à poser des limites respectueuses de soi.
Quand ces questions deviennent lourdes, confuses ou douloureuses, un accompagnement thérapeutique peut aider à remettre de la clarté, de la sécurité et du sens. Vous pouvez m'envoyer un message à hello@johannaquerin.com ou prendre rendez-vous.
📚 Sources
Collectif #NousToutes – Enquête sur le consentement sexuel
IFOP – Enquêtes sur la sexualité et les rapports sous contrainte
ARS / Santé Publique France – Données sur les violences sexuelles et la santé sexuelle








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